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- Ce que la mare attire dès les premières semaines
- La faune qui s’installe sur le long terme
- Les erreurs qui compromettent la biodiversité
- Comment entretenir une mare naturelle sans en perturber l’équilibre
- L’entretien automnal
- La gestion du limon et des sédiments
- La gestion des plantes aquatiques
- La gestion du niveau d’eau
- Quelques chiffres pour mesurer l’impact d’une mare de jardin
- La conception initiale conditionne tout le reste
Il y a quelque chose d’un peu magique dans le fait de creuser un trou dans son jardin et d’attendre.
Quelques semaines après la mise en eau d’une mare, des libellules apparaissent, des grenouilles s’installent, des oiseaux viennent boire.
Personne ne les a invités, personne ne les a cherchés.
Ils arrivent parce que l’eau est là, et que l’eau, dans un jardin, est une ressource rare que la faune locale sait repérer très vite.
Créer une mare naturelle, c’est l’un des gestes les plus efficaces qu’un jardinier puisse faire pour la biodiversité, à condition de comprendre ce que cela implique vraiment, tant en termes d’accueil de la faune que d’entretien au fil des saisons.
Ce que la mare attire dès les premières semaines
La colonisation d’une mare naturelle commence bien avant qu’on ne s’y attende. Dès que l’eau est en place et que les premières plantes aquatiques commencent à pousser, les insectes sont les premiers arrivants. Les dytiques, ces coléoptères aquatiques prédateurs, peuvent apparaître en quelques jours seulement. Ils volent la nuit et détectent les surfaces réfléchissantes, ce qui leur permet de localiser une nouvelle étendue d’eau avec une efficacité surprenante.
Les libellules et demoiselles suivent rapidement. Les femelles pondent leurs œufs directement dans l’eau ou sur les tiges des plantes aquatiques. Leurs larves, appelées nymphes, vivent dans la vase pendant plusieurs mois, voire plusieurs années selon les espèces, avant de se métamorphoser. Une mare bien végétalisée peut accueillir une dizaine d’espèces différentes d’odonates, ce qui en fait un indicateur fiable de la qualité du milieu.
Les amphibiens arrivent généralement au printemps suivant la création. Les grenouilles vertes, les tritons et les crapauds communs sont les visiteurs les plus fréquents dans les jardins français. Le crapaud commun (Bufo bufo) peut parcourir plusieurs centaines de mètres pour rejoindre un point d’eau propice à la reproduction. Il est donc inutile d’aller chercher des animaux ailleurs pour peupler sa mare : ils viennent d’eux-mêmes, à condition que le jardin ne soit pas une forteresse de béton et de clôtures sans passages.
La faune qui s’installe sur le long terme
Au-delà des premières semaines, la mare devient progressivement un écosystème à part entière. Les oiseaux sont des visiteurs réguliers, notamment les bergeronnettes, les mésanges et les rouges-gorges qui viennent s’y abreuver et s’y baigner. Si la mare est suffisamment grande et peu dérangée, le martin-pêcheur peut faire une apparition, surtout si des petits poissons ou des têtards sont présents en abondance.
Les hérissons viennent boire la nuit. Les renards aussi, dans les zones péri-urbaines. Les chauves-souris chassent les insectes qui se concentrent au-dessus de l’eau au crépuscule, notamment les moustiques et les éphémères. Une mare de jardin devient ainsi un point névralgique de l’activité faunistique locale, bien au-delà de ce que l’on imagine au moment de la creuser.
La végétation aquatique et semi-aquatique joue un rôle central dans cette dynamique. Les plantes comme les massettes (Typha), les joncs, les iris des marais ou la menthe aquatique structurent l’espace et offrent des zones de ponte, d’abri et de chasse. Les plantes submergées comme le myriophylle ou l’élodée oxygènent l’eau et servent de support aux œufs de nombreux invertébrés.
Les erreurs qui compromettent la biodiversité
La première erreur commise par beaucoup de jardiniers est d’introduire des poissons. Carpes, poissons rouges, gardons : tous ces poissons mangent les œufs d’amphibiens, les larves d’insectes aquatiques et troublent l’eau en fouillant les sédiments. Une mare à poissons est une mare appauvrie sur le plan écologique. Si l’objectif est d’accueillir la biodiversité, il faut choisir entre les poissons et tout le reste.
La deuxième erreur est de vouloir une eau parfaitement claire. Une eau légèrement verte ou trouble est souvent le signe d’une mare en bonne santé. Les algues unicellulaires, les bactéries et les micro-organismes qui donnent cette teinte font partie intégrante du fonctionnement de l’écosystème. Vouloir traiter chimiquement cette eau pour la rendre transparente, c’est détruire la base de la chaîne alimentaire.
La troisième erreur concerne l’introduction de plantes invasives. La jussie (Ludwigia), la myriophylle du Brésil ou la grenouillette sont des espèces qui peuvent coloniser rapidement toute la surface d’une mare et étouffer les espèces locales. Ces plantes sont aujourd’hui interdites à la vente en France, mais elles circulent encore sous le manteau entre jardiniers. Il faut s’en méfier et privilégier exclusivement des espèces indigènes.
Comment entretenir une mare naturelle sans en perturber l’équilibre
L’entretien automnal
L’automne est la période la plus importante pour l’entretien d’une mare. Les feuilles mortes qui tombent dans l’eau se décomposent et consomment de l’oxygène, ce qui peut asphyxier la faune aquatique en hiver. Il est conseillé de tendre un filet au-dessus de la mare en octobre pour limiter les apports de feuilles, ou de les retirer à la main régulièrement.
C’est aussi le moment de couper les plantes émergentes comme les massettes, en laissant toutefois une partie des tiges pour servir d’abri aux insectes qui y hivernent. Les tiges creuses des joncs et des roseaux sont utilisées par certaines espèces d’abeilles solitaires pour pondre leurs œufs.
La gestion du limon et des sédiments
Avec le temps, les matières organiques s’accumulent au fond de la mare et forment une couche de vase. Cette vase est utile : elle abrite de nombreux organismes, dont les larves de libellules. Mais si elle devient trop épaisse, elle réduit le volume d’eau et peut provoquer des phénomènes d’eutrophisation.
Il est recommandé de curer partiellement la mare tous les cinq à dix ans, en retirant environ la moitié du limon et en le laissant sécher sur le bord pendant quelques jours avant de le composter. Cette façon de faire permet aux organismes aquatiques présents dans la vase de regagner l’eau avant que les sédiments ne soient définitivement retirés. Il ne faut jamais curer entièrement une mare en une seule fois.
La gestion des plantes aquatiques
Certaines plantes comme les massettes ont tendance à coloniser rapidement toute la surface d’une mare. Il faut les contrôler régulièrement en arrachant les rhizomes qui débordent de leur zone de plantation. Cette opération se fait idéalement en été, quand les amphibiens ont terminé leur reproduction et que les larves d’insectes les plus fragiles sont moins vulnérables aux perturbations.
Les plantes flottantes comme les nénuphars doivent couvrir au maximum la moitié de la surface de l’eau. Au-delà, elles empêchent la lumière de pénétrer et réduisent l’oxygénation naturelle de l’eau. Un équilibre entre zones ouvertes et zones végétalisées est essentiel pour maintenir la diversité des espèces.
La gestion du niveau d’eau
En été, le niveau d’une mare peut baisser significativement sous l’effet de l’évaporation. Il est tentant de rajouter de l’eau pour compenser, mais il faut éviter l’eau du robinet qui est chlorée et peut perturber l’équilibre biologique. L’idéal est de récupérer l’eau de pluie dans des cuves et de s’en servir pour compléter le niveau si nécessaire.
Une légère baisse du niveau en été n’est pas nécessairement problématique. Elle crée des berges exondées qui sont favorables à certaines espèces de plantes et d’invertébrés. Les mares naturelles subissent ces variations saisonnières depuis toujours, et la faune qui les habite y est parfaitement adaptée.
Quelques chiffres pour mesurer l’impact d’une mare de jardin
| Groupe faunistique | Délai moyen de colonisation | Conditions favorables |
|---|---|---|
| Insectes aquatiques (dytiques, notonectes) | Quelques jours à quelques semaines | Eau en place, absence de poissons |
| Libellules et demoiselles | Quelques semaines à quelques mois | Plantes émergentes, eau oxygénée |
| Amphibiens (grenouilles, tritons) | Premier printemps suivant la création | Berges en pente douce, végétation dense |
| Oiseaux | Très rapide (quelques jours) | Berges accessibles, eau peu profonde en bordure |
| Mammifères (hérisson, renard) | Variable selon le territoire | Accès nocturne, absence de clôtures bloquantes |
La conception initiale conditionne tout le reste
Un point souvent négligé : la façon dont la mare est creusée détermine en grande partie sa valeur écologique sur le long terme. Une mare avec des berges en pente douce, variant entre 20 et 45 degrés, permet aux animaux de s’y abreuver et d’en sortir facilement. Les hérissons qui tombent dans une mare aux bords verticaux se noient. Les amphibiens ont besoin de zones peu profondes pour se réchauffer et pondre.
La profondeur idéale combine une zone centrale d’au moins 80 centimètres à un mètre, qui ne gèle pas complètement en hiver et permet aux animaux de se réfugier sous la glace, et des zones périphériques plus superficielles de 10 à 30 centimètres, qui se réchauffent vite au printemps et sont très favorables au développement des larves et des têtards.
L’exposition est importante. Une mare en plein soleil favorise le développement des plantes aquatiques et réchauffe l’eau plus vite au printemps, ce qui accélère la reproduction des amphibiens. Une mare entièrement à l’ombre restera froide, s’enrichira en matières organiques plus vite et sera moins diversifiée sur le plan biologique. Un compromis avec quelques heures d’ombre en été pour limiter l’évaporation est souvent le meilleur choix.
Une mare naturelle de jardin, même petite, même imparfaite, vaut infiniment mieux que pas de mare du tout. Les études menées par des associations comme la Mare aux grenouilles ou les programmes de sciences participatives du Muséum national d’Histoire naturelle montrent que les mares de jardin constituent aujourd’hui un réseau de refuges indispensable pour de nombreuses espèces d’amphibiens et d’insectes aquatiques, dont les populations ont chuté de façon dramatique au cours des cinquante dernières années avec la disparition des mares agricoles. Creuser une mare dans son jardin, c’est donc bien plus qu’un projet de jardinage.
