Éteindre la plaque pendant la cuisson des pâtes permet-il vraiment d’économiser de l’énergie ? Voici ce qu’il faut savoir

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Depuis quelques années, une astuce circule sur les réseaux sociaux et dans les cuisines familiales : éteindre la plaque de cuisson quelques minutes après avoir plongé les pâtes dans l’eau bouillante permettrait de faire des économies d’énergie.

L’idée semble séduisante sur le papier.

On cuit quand même ses pâtes, on consomme moins d’électricité ou de gaz, et tout le monde est content.

Sauf que la réalité est un peu plus nuancée que ça.

Entre la physique de la cuisson, le type de plaque utilisée et les habitudes de chacun, il y a beaucoup de choses à démêler avant de trancher.

D’où vient cette idée d’éteindre la plaque en cours de cuisson ?

L’astuce n’est pas née de nulle part. Elle repose sur un principe physique réel : la chaleur résiduelle. Lorsqu’une plaque électrique, une fonte ou même une casserole en inox épaisse est portée à haute température, elle continue de diffuser de la chaleur pendant un certain temps après avoir été éteinte. C’est ce qu’on appelle l’inertie thermique.

L’idée a été popularisée notamment lors des crises énergétiques, en particulier après la flambée des prix de l’électricité et du gaz en Europe entre 2021 et 2023. Des influenceurs culinaires, des sites de conseils pratiques et même certains médias grand public ont relayé la technique comme un geste simple pour alléger sa facture. Le principe évoqué est toujours le même : porter l’eau à ébullition, y jeter les pâtes, laisser cuire deux à trois minutes, puis éteindre la plaque et couvrir la casserole pour terminer la cuisson à la chaleur résiduelle.

Mais entre le principe et la pratique, il y a souvent un fossé.

Ce que dit vraiment la physique

Pour comprendre si l’astuce fonctionne, il faut revenir à quelques notions de base. L’eau bout à 100 °C à pression atmosphérique normale. Pour cuire des pâtes correctement, il faut maintenir cette température suffisamment longtemps pour que l’amidon contenu dans la pâte soit gélatinisé de manière homogène. C’est ce processus qui rend les pâtes tendres et digestibles.

Quand on éteint la plaque, deux choses se passent en même temps :

  • La source de chaleur disparaît progressivement selon le type de plaque utilisée.
  • La température de l’eau commence à descendre, plus ou moins vite selon la qualité de la casserole et la présence ou non d’un couvercle.

Si la température descend en dessous de 85 à 90 °C, la cuisson ralentit considérablement. Les pâtes peuvent alors devenir molles en surface tout en restant insuffisamment cuites à cœur. Le résultat n’est pas toujours au rendez-vous, surtout pour des formats épais comme les rigatoni, les penne rigate ou les farfalle.

En revanche, pour des pâtes fines comme les spaghetti, les linguine ou les tagliatelles, la chaleur résiduelle peut suffire si la casserole est bien couverte et si la quantité d’eau est suffisante pour maintenir la température assez longtemps.

Le type de plaque change tout

C’est peut-être le point le plus important et le moins souvent abordé dans les articles qui vantent cette astuce. Le comportement thermique varie énormément selon le type de plaque utilisée.

Les plaques électriques à serpentin ou fonte

Ce sont les grandes gagnantes de l’inertie thermique. Une plaque électrique classique, avec ses résistances en fonte, met du temps à chauffer mais aussi beaucoup de temps à refroidir. Éteindre ce type de plaque deux à trois minutes avant la fin de cuisson des pâtes est tout à fait pertinent. La chaleur continue d’être diffusée pendant plusieurs minutes, parfois jusqu’à dix minutes selon la puissance initiale.

Les plaques vitrocéramiques

Elles ont une inertie thermique intermédiaire. Elles refroidissent plus vite que les plaques en fonte, mais moins vite que l’induction. L’astuce peut fonctionner partiellement, à condition de couvrir la casserole et de ne pas éteindre trop tôt.

Les plaques à induction

Là, l’astuce perd beaucoup de son sens. L’induction ne chauffe pas la plaque elle-même, mais directement le fond de la casserole par induction électromagnétique. Dès que la plaque est éteinte, le transfert de chaleur s’arrête immédiatement. Il n’y a quasiment pas d’inertie thermique de la plaque. La casserole, elle, garde sa chaleur selon son épaisseur, mais ce n’est pas suffisant pour maintenir l’ébullition longtemps.

Le gaz

Sur une cuisinière à gaz, éteindre le feu revient à couper la source de chaleur instantanément. La casserole conserve sa chaleur propre, mais l’eau refroidit rapidement. L’astuce est moins efficace qu’avec une plaque électrique à forte inertie.

Combien d’énergie économise-t-on vraiment ?

C’est la question centrale. Et la réponse est honnêtement décevante pour ceux qui espèrent des économies significatives.

La cuisson des pâtes dure en moyenne 8 à 12 minutes selon le format. La phase la plus énergivore est celle qui consiste à porter l’eau à ébullition, pas le maintien de l’ébullition. En effet, chauffer plusieurs litres d’eau froide jusqu’à 100 °C demande beaucoup plus d’énergie que de maintenir cette température ensuite.

Si l’on éteint la plaque deux à trois minutes avant la fin de cuisson, on économise deux à trois minutes de consommation électrique ou de gaz sur une cuisson totale qui dure entre 15 et 20 minutes (en comptant la montée en température). L’économie réelle représente environ 10 à 15 % de la consommation totale du repas de pâtes, ce qui est loin d’être négligeable sur une année si on mange des pâtes régulièrement, mais reste très modeste à l’échelle d’une facture mensuelle.

Pour donner un ordre de grandeur : une plaque électrique classique consomme entre 1 000 et 2 000 watts. Deux minutes d’économie représentent environ 0,03 à 0,07 kWh par cuisson. Au prix moyen du kilowattheure en France en 2024, soit environ 0,25 €, cela représente moins d’un centime par repas. Sur 100 repas de pâtes dans l’année, on arrive à moins d’un euro d’économie.

Ce n’est pas inutile, mais ce n’est clairement pas ce qui va changer une facture d’électricité.

La méthode de cuisson à l’eau froide : une alternative plus radicale

Il existe une autre technique, moins connue mais plus efficace en termes d’économie d’énergie : démarrer la cuisson des pâtes dans l’eau froide. Le principe consiste à mettre les pâtes directement dans l’eau froide, à allumer la plaque, et à compter le temps de cuisson à partir du moment où l’eau commence à bouillir, voire même avant.

Des tests réalisés par des cuisiniers amateurs et quelques scientifiques ont montré que cette méthode donne des résultats acceptables pour certains formats de pâtes, notamment les spaghetti. Elle permet de réduire significativement le temps total de chauffe et donc la consommation énergétique.

Attention toutefois : le résultat peut être légèrement différent en termes de texture. Les pâtes cuites à l’eau froide au départ ont tendance à libérer plus d’amidon, ce qui rend l’eau de cuisson plus épaisse. Certains cuisiniers considèrent ça comme un avantage pour lier les sauces, d’autres trouvent la texture finale un peu différente de la cuisson traditionnelle.

D’autres gestes bien plus efficaces pour économiser l’énergie en cuisine

Si l’objectif est vraiment de réduire sa consommation énergétique en cuisine, il existe des gestes bien plus impactants que d’éteindre la plaque deux minutes avant la fin de cuisson des pâtes.

  • Utiliser un couvercle pendant toute la montée en température : cela réduit considérablement le temps nécessaire pour atteindre l’ébullition et donc la consommation globale.
  • Ne pas utiliser trop d’eau : beaucoup de recettes recommandent un grand volume d’eau, mais en réalité, les pâtes peuvent cuire dans moins d’eau que ce qu’on croit, à condition de remuer régulièrement.
  • Utiliser une bouilloire électrique pour préchauffer l’eau avant de la verser dans la casserole : une bouilloire est bien plus efficace énergétiquement qu’une plaque pour chauffer de l’eau.
  • Adapter la taille de la casserole à la plaque : une petite casserole sur une grande plaque, c’est de l’énergie perdue dans le vide.
  • Préférer l’autocuiseur ou la cocotte-minute pour les cuissons longues : le gain énergétique est là bien plus significatif que pour les pâtes.

Alors, mythe ou réalité ?

L’astuce d’éteindre la plaque pour cuire ses pâtes n’est ni un mythe total ni une révolution culinaire. C’est une technique qui fonctionne partiellement, dans des conditions précises, et qui génère des économies réelles mais modestes.

Elle est pertinente si vous avez une plaque électrique à forte inertie thermique, si vous utilisez un couvercle, si vous faites des pâtes fines, et si vous avez l’habitude de surveiller la cuisson. Elle est beaucoup moins adaptée à l’induction, au gaz, ou aux formats de pâtes épais qui nécessitent une chaleur soutenue.

Ce qui est certain, en revanche, c’est que la montée en température de l’eau est de loin la phase la plus énergivore de la cuisson des pâtes. C’est là qu’il faut concentrer ses efforts : couvrir la casserole, utiliser une bouilloire, choisir la bonne taille de récipient. Ces gestes-là ont un impact bien plus mesurable sur la consommation réelle.

L’idée de couper la plaque en cours de cuisson reste un bon réflexe à avoir, pas parce qu’elle va transformer votre facture d’énergie, mais parce qu’elle témoigne d’une attention au gaspillage qui, multipliée à d’autres habitudes du même ordre, finit par peser dans la balance. En cuisine comme ailleurs, ce sont rarement les grands gestes qui font la différence, mais l’accumulation de petites décisions prises au quotidien.